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Musée de la faïence

La carte d'identité de

la faïence de Moustiers

Admiration :

Les touristes qui admirent Moustiers savent‑ils que l'activité faïencière y connut une éclipse totale de 50 ans? Une visite au musée ‑ qui partage avec la mairie un hôtel particulier du XVllle ‑ permet de découvrir l'histoire originale de la faïence de Moustiers.

Le musée présente plus de 400 pièces de la fin du XVlle au XXIè siècle.

En effet, Moustiers fut d'abord réputé pour les miracles accomplis à Notre‑Dame‑de­Beauvoir. La faïence ne prit son essor que lorsque Louis XIV ordonna que la vaisselle d'or et d'argent soit fondue pour renflouer le trésor royal.

La famille Clérissy :

A Moustiers, la famille Clérissy sut tirer parti de cet édit et de l'abondante matière première locale (eau, bois pour chauffer, argile), apprit le secret de l'émail blanc... Et dans ce village du bout du monde, bientôt aussi productif que Nevers et Rouen, fut fabriquée de la vaisselle en camaïeu de bleu de cobalt qui partait à dos de mulet, destinée aux nobles, comme le montrent les premières vitrines du musée où trônent des plats démesurés à armoiries ou à scènes de chasse et arabesques inspirées de gravures d'Antonio Tempesta ou de Jean Bérain. « Dès sa naissance en 1679, notre faïence est une faïence de luxe, prenant ses formes et ses décors dans les arts appliqués du temps » constatera Marcel Provence.

Sous Louis XV, la polychromie rapportée en 1738 d'Espagne par Joseph Olérys, bleu, vert, jaune d'antimoine, brun, violet, suscite des guirlandes, des fleurs de pomme de terre (solanée), les grotesques (bestiaire ou personnages caricaturaux inspirés de Jacques Callot) ; sur les plats, fontaines, aiguières des ateliers, Olérys‑Laugier le décor perd de sa majesté.
Vers 1760, les frères Ferrat découvrent la technique du petit feu qui grâce à une seconde cuisson exalte les couleurs posées sur l'émail déjà cuit ‑émeraude, bleu intense, rose ou pourpre ‑ idéales pour les décors floraux sou­vent copiés de ceux de la porcelaine. La faïence s'embourgeoise et les pièces de Ferrat, Féraud ou Fouque présentées au musée sont plus utilitaires (encriers, bols, salières...).

Vidéo :

La Révolution, la concurrence de la porcelaine et de la faïence anglaise ont raison du dernier atelier en 1874. Suivront les guerres, l'exode rural.

C'est Marcel Provence, un fils de bourgeois marseillais qui s'emploiera à sauvegarder le patrimoine de l'arrière‑pays: il s'entiche de Moustiers en 1926, rallume un four en 1927, en particulier avec Simone Garnier, crée le musée en 1930. La production de faïence prend un essor considérable, en même temps que le tourisme. « Nous ne ferons aucune copie; le passé se suffit à sa gloire... Une tradition ne vit qu'en évoluant » affirme‑t‑il.

Le musée permet de comprendre grâce à une vidéo comment est fabriquée une faïence, ce qui fait sa beauté (la transparence de l'émail, la finesse des dessins faits main, la légèreté de la pièce), de connaître les décors de Moustiers et d'apprécier le talent et la créativité des faïenciers contemporains.

Le village :

Moustiers-Sainte-Marie - un des plus beaux villages de France - est accroché devant une crevasse taillée par un torrent dans une falaise orangée. Notre-Dame-de-Beauvoir (XIè) perchée dans la falaise est accessible par un superbe chemin de croix caladé. L'étoile qui domine Moustiers, suspendue entre les deux pitons de la falaise par une chaîne de 227 m est un ex-voto.