Mycorhization et résilience
80% des plantes cultivées sont en symbiose avec des champignons mycorhyziens.
Dans cette formation en ligne de Ver de Terre Production (voir vidéo ci-dessous), Marc-André Selosse, microbiologiste et professeur au Muséum national d’histoire naturelle, présente le fonctionnement de ces symbioses qui permettent aux plantes de bénéficier d’une absorption plus efficace des éléments minéraux et de l’eau, mais aussi de mieux résister aux stress et aux maladies.
Dans le contexte du réchauffement climatique, favoriser les mycorhizes paraît ainsi capital pour une meilleure résilience des cultures.
Il existe selon Selosse quatre leviers agronomiques principaux pour favoriser la mycorhization et ainsi améliorer la résilience des cultures :
- la réduction du travail du sol
- le maintien d’un couvert végétal régulier
- la diversité des cultures dans le temps (rotations) et dans l’espace (couverts, associations culturales)
- la fertilisation organique plutôt que minérale.
Mycorhization de la lavande et du lavandin
La lavande et le lavandin ne font pas exception : ce sont des plantes mycorhizées. D’après les résultats du projet Mycolav[1] conduit entre 2015 et 2020 sur les plateaux de Valensole et d’Albion, une vingtaine d’espèces de champignons mycorhiziens à arbuscules, les Gloméromycètes, sont présents dans les racines de lavandin conduit en agriculture conventionnelle, et une trentaine d’espèces en agriculture biologique.
Ces chiffres sont cependant plus bas lorsque les plants sont infectés par le Phytoplasme de Stolbur, avec seulement une quinzaine d’espèces en agriculture conventionnelle, et environ 25 en agriculture biologique.
La richesse spécifique est ainsi impactée par le mode de culture chez le lavandin malade, et le projet avait aussi permis de montrer que les racines des plants sains en lavande étaient 2 à 6 fois plus mycorhizées que pour les plants dépérissant, respectivement en agriculture conventionnelle et biologique.
Une tendance similaire bien que moins marquée a été observée pour les plants de lavandin. On peut supposer que ces résultats sont dépendants de plusieurs facteurs tels que l’enherbement des interrangs ou la moindre utilisation de produits phytosanitaires en agriculture biologique.
[1] Piloté par l’Université Européenne des Saveurs et des Senteurs (UESS), le projet Mycolav rassemblait le Centre Régionalisé Interprofessionnel d’Expérimentation en Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales (CRIEPPAM), le Laboratoire d’Écologie Alpine de Grenoble (LECA) et la start-up sophiapolitaine MYCOPHYTO.
Les couverts végétaux en lavanderaie, un levier pour favoriser la mycorhization… et améliorer les rendements ?
Si certains sont convaincus depuis longtemps de la meilleure résilience des lavanderaies dont l’interrang est enherbé ou semé avec des couverts, beaucoup d’inquiétudes persistent pour d’autres, avec en premier lieu la peur d’impacter négativement le rendement.
Les premiers résultats du projet COUVIVER[1] qui s’intéresse aux couverts végétaux hivernaux en lavanderaie, sont encourageants : les couverts en interrang, outre leurs bienfaits pour maintenir la fertilité du sol à moyen terme, pourraient même améliorer le rendement du lavandin.
Un essai pour optimiser la date de destruction
C’est ce que montrent les résultats des essais conduits en 2024 et 2025 sur deux exploitations faisant partie du GIEE Essen’Sol, dont l’objectif était d’observer l’impact de différentes dates de destruction du couvert sur le rendement du lavandin (voir graphique ci-dessous) et sur la biomasse végétale produite.
Ainsi, on constate systématiquement une augmentation du rendement du lavandin lorsque l’interrang est semé avec des couverts détruits précocement (février) par rapport au témoin sol nu, cette tendance étant marquée mais pas toujours significative.
Pour les destructions avec des dates classiques (mars) et tardives (avril), les résultats sont plus contrastés. Un possible effet de cumul pourrait ainsi expliquer que des modalités ayant reçu plusieurs années consécutives de couverts soient plus productives que le témoin sol nu, même avec une destruction classique voire tardive dans certains cas.
Une date de destruction même tardive n’impactera donc pas toujours le rendement selon le climat de l’année (exemple du printemps pluvieux en 2025) et selon si la parcelle a connu plusieurs années de couverts : on peut dans ce cas faire l’hypothèse que le sol, plus riche en matières organiques, favorise également les symbioses mycorhiziennes.
[1] Piloté par le CRIEPPAM et ses partenaires Agribi04, les Chambres d’agriculture des Alpes de Haute-Provence, de la Drôme et du Vaucluse, le GIEE Essen’Sol et le Parc naturel régional du Verdon, avec le soutien financier du CIHEF et du ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, le projet COUVIVER vise au développement des couverts végétaux hivernaux en lavanderaie.

| Date de destruction | Puimoisson 2024 | Puimoisson 2025 | Montagnac 2025 |
|---|---|---|---|
| Précoce | 5 février | 5 février | 18 février |
| Classique | 14 mars | / | / |
| Tardive | 13 avril | 10 avril | 10 avril |
Enfin, il est à noter qu’un équilibre économique est à trouver entre la maximisation du rendement et l’optimisation des charges, les pratiques de couverts permettant d’économiser des passages durant la campagne culturale.
Le choix des espèces du couvert
Dans le projet COUVIVER, plusieurs parcelles d’essai ont également permis de suivre différents mélanges d’espèces, pour observer leur comportement en interrang de lavandin.
Le choix des espèces se fait en fonction des objectifs du couvert : maximisation de la biomasse produite, fixation d’azote par les Fabacées, effet allélopathique… Là encore, la diversité fait la force du couvert.
Les Brassicacées telles que la moutarde, le colza, les choux ou encore la cameline, sont certes des plantes pionnières qui profitent bien des milieux riches, mais ce sont aussi des espèces qui ne sont pas mycorhizées.
Ainsi, faire le choix d’un couvert trop riche en moutarde peut avoir tendance à raréfier le stock de spores des champignons mycorhiziens bénéfiques au lavandin, mais aussi aux autres cultures de la rotation (blé dur, sainfoin…).
Une raison de plus pour favoriser la diversité, que ce soit en semant des mélanges diversifiés ou en laissant se développer la flore spontanée entre les rangs.
Autrice : Lucinne Ruff
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